Bambou et les sprays

Comme nous ne l’avons pas encore vu (pourtant précédemment), Bambou, après quelques mois de travail à pied dans son paddock sans le moindre lien physique, a accepté de reprendre contact avec sa propriétaire.
Il est donc devenu (presque) gérable en licol et longe depuis qu’il accepte sans licol ni longe d’avancer, de suivre à côté (gauche ou droit) de son meneur et de tourner vers la droite comme vers la gauche.

Comme nous l’avons brièvement vu, Bambou a tenté de sauter la porte de box chez le vétérinaire.
Sans réussir. Total des courses: il s’est entaillé (superficiellement) le ventre à rester en équilibre sur sa porte, et les grassets (éraflures et deux entailles) à se débattre pour en sortir.
Le grasset gauche a rapidement entamé une procédure de protestation en fabriquant un bel oedème.

En soi, ce n’est pas bien grave. Il suffit de doucher, désinfecter et mettre un spray aluminum pour empêcher les saletés de se mettre dedans une fois le cheval remis au paddock.
Bon.

Pour cela, il faut un cheval calme à l’attache, ce qui n’est pas le cas.
Il faut un cheval qui:
– accepte qu’on circule (poser un produit, en prendre un autre, attraper la gaze, etc.) et soit raisonnable malgré l’idée d’être abandonné (et donc je suppose être la proie du premier monstre venu?), ce qui n’est pas le cas.
– accepte de se tenir calme pendant les soins même s’il y a un oiseau qui passe dehors, ce qui n’est pas le cas.
– accepte d’être manipulé là où ça fait mal, ce qui n’est pas le cas (bon, on l’excuse quand même).
– accepte le bruit et la sensation du spray sur lui et a fortiori sur des plaies douloureuses… ce qui n’est pas le cas (et a valu à sa propriétaire d’aller aux urgences).

Bambou, si on le regarde comme ça vite-fait, il est émotif, remuant, perturbable, angoissé, instable, quasiment impossible à ramener à la raison une fois le processus de stress entamé. Bref, disons-le, dangereux.
Mais Bambou, si on regarde tous les progrès qu’il a faits, et la façon dont il les a faits, est un cheval d’une gentillesse sans limite, d’une bonne volonté incroyable, d’une adaptabilité remarquable, tout ceci étant altéré voire anéanti en cas de stress.

Le stress, c’est (entre autres) un manque de confiance en soi et en son entourage, un excès d’hormones de stress déchargées dans le sang qui perturbe les émotions tant qu’elles ne sont pas ‘consommées’ par l’action, une incapacité à voir le bon côté des choses ou à y croire.
Donc c’est ce à quoi je me suis attelée lors de chaque soin ces derniers temps (matin et soir donc), sans me soucier du temps passé à cela.
Autoriser Bambou à bouger, l’y inciter même plutôt que de le laisser se statufier et stresser sur pied, l’obliger fermement à tenir compte de mon espace virtuel, le féliciter et l’encourager le plus possible, l’aider à explorer son environnement et le matériel de soin, lui montrer ma confiance en la situation et en lui, etc.

Bon. Les soins depuis ce matin, ça donne ça (les photos sont de ce soir):

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Notez que je ne tiens pas la longe (même si je la garde facile d’accès) et même si Bambou est un poil inquiet.
Ni à la douche.
Ni dedans, à l’étable, où il s’est pourtant montré si excitable avant même son opération.
Il ne me bouscule plus, il ne gesticule pas, il ne se suicide pas dans la mangeoire (ou sur moi, ni au plafond) alors même que le spray est en fonction sur les parties sensibles.
Le spray antibiotique, puis le spray protecteur.

Trois jours, six séances pour cela.
Ah ça oui, il a bougé!
Il a tenté de bousculer, passer en force, il a glissé, il s’est figé aussi, il a tiré, il a tutoyé le plafond d’un peu près, le râtelier aussi…
Il tremblait de tous ses membres, il refusait les friandises, oui il était désespéré, oui il a tout fait pour éviter le contact du spray…
Et?
Et ben rien.
Il n’a pas obtenu d’être ramené, ni chouchouté, ni fracassé, mais il a eu à changer de position, se déplacer, laisser la place aux humains qui passaient, sans que ce soit grave.
Oui, on a pris le temps, on ne s’est pas laissé impressionner, ni bousculer, on a lui a laissé du temps, d’abord juste pour qu’il reste à l’attache sans faire de crise, puis il a touché les flacons, puis on a vidé la quasi-totalité des flacons de sprays à distance. Sans tenter de le soigner, mais pour l’aider à mieux comprendre les sons, les odeurs, etc.
Et on l’a soigné. Au début pas trop avec son accord mais pas avec son désaccord non plus.
Maintenant, il coopère clairement malgré un zeste d’inquiétude.

Je pense que ce cheval a appris que quand ça va mal, il n’y a pas d’issue
[merci au passage à ceux qui l’ont maltraité physiquement en lui tapant dessus sous prétexte que ça lui apprenait la vie alors qu’il n’avait pas deux ans, physiologiquement en le sous-alimentant puisqu’il était trop compliqué, et mentalement en le traitant de con et en le privant de tout contact avec ses congénères puisqu’il était compliqué à sortir du box, et en verrouillant sa fenêtre de grilles pour qu’il ne saute pas afin de ne plus du tout avoir à supporter sa détresse]

Je pense qu’avec cette étiquette collée sur son dos, personne n’a essayé alors de gérer son émotivité autrement que par les prières (la passivité ne donne pas au cheval le sentiment qu’on est fiable et capable de prendre les choses en main) ou la colère (qui, utilisée pour passer son propre stress sans visée éducative, pour dominer au sens moche du terme, n’est pas productive, bien au contraire).
Je pense que Bambou avait pour seule issue de se mettre dans tous ses états soit pour attirer l’attention, soit pour évacuer son stress, mais comme il n’y avait aucune issue favorable, son stress n’a fait que grandir. Cercle vicieux…
Il a été traité de con, d’ingérable, et de dangereux, il a reçu tous ces sentiments, tous ces regards, tous ces gestes ‘éducatifs’, donc il est devenu réellement ce qu’on attendait de lui: un être émotif et ingérable.

Aparté. Je pense qu’il en va des gens comme des animaux.
Pensez-y, à Bambou, la prochaine fois que vous croiserez une personne au comportement exécrable, pensez-y quand vous entendrez toutes les critiques négatives, haineuses, humiliantes ou destructrices,
pensez-y, à ces étiquettes qui ancrent les personnes dans leurs comportements détestables (ou maladroits, ou excessifs, ou angoissés, ou…), puisqu’on leur rabâche leurs défauts au lieu de leur montrer comment s’en sortir avec leurs qualités.
(Vanpass, si tu m’entends… tu seras le meilleur! tes allures, ton élasticité, ta bonne volonté, ton calme, ton besoin de toucher à tout, de tout tester…)

Bambou est un cheval émotif, certes.
Mais tellement gentil, tellement volontaire, tellement intelligent, tellement sensible…
Six malheureuses séances pour pouvoir passer d’un cheval dangereux aux soins, à un cheval qui vient volontiers mettre son licol en sachant que c’est pour aller à la douche, et qui se laisse soigner même avec divers sprays sans être tenu… cheval qui sait de surcroit s’échapper comme qui rigole de quelque longe que ce soit…
Si c’est pas un cheval qui attendait juste qu’on lui dise quoi faire et comment le faire, ça!!!

Bon, c’est pas fini!
Bambou, il avait été opéré de l’oreille, vous vous souvenez, pas du tout du grasset ni du ventre!
Alors il a fini par se gratter l’oreille, sinon c’est trop simple. Donc il s’y est blessé, mais sans toucher aux points. Ouf! En plus, là, il aime qu’on le tripatouille donc passer de la bétadine a été un jeu d’enfant!

Comme ce petit cheval est émotif et me demande une concentration intense, je ne fais les soins le matin qu’avant l’arrivée des gens (et la sortie du cochon), et le soir seulement une fois qu’ils sont tous partis (et le cochon couché). Ceci pour ne pas risquer que le cheval soit surpris ni moi déconcentrée par des mouvements ou des questions. Ce qui nous fait finir… vraiment vraiment tard.
(alors, bon, soyez aimables, la fatigue gagne progressivement, ne me demandez pas des choses trop compliquées dans les jours qui viennent, merci :-D)

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