Hirondelle malchanceuse

Dimanche dernier, Pauline a trouvé une Hirondelle morte dans le club house. La seule explication plausible semble être un trauma crânien ou hémorragie interne. Elle a peut-être percuté la partie vitrée de la porte donnant sur l’extérieur. Jusqu’ici, aucune Hirondelle entrée dans le club house n’avait été accidentée, toutes ont au pire heurté la vitre, sans trop de violence. Elles avaient alors compris que c’était fermé, et rapidement réutilisé la porte par laquelle elles étaient entrées.

Pas celle-ci. Le comble de la malchance, vraiment, car elle était seule donc même pas préoccupée par le fait de nous fuir à toute force. Pauline a mis le corps de l’Hirondelle en évidence pour les oiseaux afin que les concernés puissent en faire le deuil.

Le mardi au petit matin, un des nids piaillait plus que la normale. Au cas où, j’ai commencé la chasse à la mouche et suis allée nourrir les oisillons en montant sur une chaise haute. Il a fallu beaucoup, beaucoup de mouches pour que les oisillons cessent de piailler si fort. Quand les piaillements ont commencé à ressembler à des gazouillis, j’ai repris le cours de ma journée.

(photo non contractuelle, datant de l’an passé)

Mercredi après-midi, les cavaliers ont longuement observé les nids d’Hirondelles, et la certitude s’est faite : il y avait bien une couvée où les deux parents n’étaient jamais vus ensemble. Bref, il n’y en avait qu’un sur les deux. L’autre parent devait certainement être l’Hirondelle morte dimanche.

Ce mercredi donc, nous avons compté le nombre d’hirondeaux au nid : ils étaient six !!!

Six, du jamais vu ! Entre trois et cinq, oui, mais six !!! Et donc depuis dimanche, un seul parent doit pourvoir à une pareille marmaille, grandissante et affamée … Il ne ménage ni sa peine, ni ses forces, et oubliant de se nourrir lui-même. Il est visiblement vraiment maigre par rapport aux autres parents Hirondelles ! Pour couronner le tout, ce mercredi, il faisait 80km/h de vent et très chaud. Autant dire que les insectivores ailés ont à affronter la violence du vent de leurs petites forces … De plus ils doivent aller loin puisque les insectes sont certainement difficiles à repérer (posés mais où?) avec pareil vent, sans compter la chaleur qui les accable …

Alors les jeunes cavaliers (merci particulièrement à Laurie et Ismaël) se sont mis en charge d’attraper assez de mouches pour remplir ces petits estomacs et soulager le parent isolé. J’ai dit à l’Hirondelle que nous allions le seconder de notre mieux.

Je pense que les enfants ont facilement atteint la centaine de mouches attrapées. Les hirondeaux ont pu manger à satiété, et seulement à ce moment, le parent de cette immense nichée s’est posé, et s’est reposé, longtemps, longtemps, longtemps. Tout maigre. Epuisé. Cela nous a permis de bien distinguer la longueur de sa queue : plus longue que celle de l’oiseau décédé, c’est donc le papa qui se retrouve veuf.

Contrairement aux autres Hirondelles, jamais papa Hirondelle ne lance de cris d’alerte quand nous approchons du nid. Ni quand nous montons sur les hautes chaises et nourrissons ses bébé sous ses yeux. Il fait presque comme si nous étions une autre Hirondelle (encombrante). Quand il arrive et que nous sommes en train de nourrir, il refait simplement un tour dans l’étable pour nous laisser le temps de descendre et nous éloigner. Alors il vient à son tour donner la becquée à ses bébés. Et lorsque ses bébés piaillent moins fort, il les regarde longuement pour en être bien sûr. Puis il prend un moment de repos à son tour. Presque autant que les autres parents qui s’accordent de nombreuses pauses. On l’a même entendu de nouveau chanter jeudi. Quel délice.

La difficulté qui s’annonce, c’est qu’avec les jours qui passent, les bébés sont de plus en plus sélectifs. Ils acceptent de moins en moins nos interventions. Ils ouvrent les bec parfois, ne piaillent plus en tout cas, et montrent désormais des signaux de peur par rapport à nous (ils s’enfoncent dans leur nid et ne dépassent que par leur duvet presque disparu à ce jour). Par chance, quand ils ont faim ils ne peuvent s’empêcher d’ouvrir quand même leur bec. Alors nous y enfournons une toute petite boulette de viande rouge crue (de la taille d’un petit pois, qu’on tient et pousse à l’aide d’un pince à épiler), et même si on a le temps, des insectes. En revanche, quand leur papa arrive, là oui il y a du monde pour piailler à plein gosier et ouvrir grand le bec.

Notre aide intervient quatre ou cinq fois dans la journée, et là on enfourne environ six à dix boulettes de viande. Ce qui soulage le papa de six à dix sorties de chasse à chaque fois. Je ne suis pas sûre que ce soit suffisant. Et je croise ce qui me reste de doigts pour que les bébés acceptent d’être nourris jusqu’à l’envol. Mais je crois qu’on aide déjà pas mal ainsi 🙂

 

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