Les chevaux aiment-ils être montés? En ont-ils besoin?

J’entends encore et encore cette réflexion: les chevaux aiment-ils être montés? En ont-ils besoin?

Les chevaux ont des besoins cognitifs (intellectuels quoi).

Chercher ce qu’on peut bien vouloir leur demander est une activité à la Sherlock Holmes qu’ils aiment bien.
Evidemment, si on leur enseigne quelque chose, et qu’on les gronde à chaque fois qu’ils essaient et se trompent, rapidement, ils n’essaient plus!
Et on peut à tort en conclure qu’ils n’aiment pas tel lieu (la carrière au hasard), telle personne, ou tel exercice, ou… 😀
De même, ils adorent mémoriser, restituer, reproduire, inventer à partir de ce qu’on leur a appris.
Chercher à ne pas faire ce qui est demandé est satisfaisant, voire passionnant pour eux d’un point de vue cognitif.
On ne peut que s’émerveiller d’un cheval qui fonce droit sur un plot ou un cube pour créer la peur chez son cavalier et obtenir de se faire arrêter en urgence… Ou de celui qui va faire la jambette ou le cabrer plutôt que de partir au pas, etc. De purs génies.

En vérité, un cheval ou poney qui fait tout de travers ne déteste sans doute même pas ce qu’on lui demande!
C’est nous qui sommes pressés, parce-qu’impuissants et limités intellectuellement, de conclure cela.
Lui, il trouve juste plus stimulant de déjouer les demandes, ou de proposer ses propres envies, et de se délecter des conséquences émotionnelles ou des réactions physiques que cela crée en nous.
Vous savez, les enfants ‘précoces’, quand ils s’ennuient en classe tandis que les autres travaillent avec difficulté, ben… ils font des bêtises puis deviennent des voyous de première classe! tout cela juste parce-qu’ils sont sous-employés.

J’en profite pour faire un autre parallèle osé avec nous.
Chercher à comprendre un nouvel exercice de maths avec pour optique d’être puni si on se trompe est peu engageant!
Chercher à comprendre un nouvel exercice de maths en étant encouragé jusqu’à ce qu’on réussisse, même si on se trompe, et ne voir que du bonheur et de l’espoir dans le regard de celui qui nous a suggéré l’exercice, woooow…
Ca fonctionne chez les chevaux comme chez nous.
Arrêtons déjà de dire qu’il se fout de notre gueule, qu’il fait exprès, qu’il ne veut pas, qu’il ne fait aucun effort… A chaque fois que cette idée nous vient en tête, reformulons: « Comment lui rendre cela agréable? à quelle étape est-il largué? comment puis-je l’encourager plus vite et plus tôt, avant qu’il ne se décourage? »
(mais que cela ne nous empêche pas de mettre des limites claires quand nécessaire, n’est-ce pas!)

Les chevaux ont des besoins sociaux.

Avez-vous regardé un documentaire de chevaux sauvages? Leur vie est faite surtout de temps passé à brouter. Mais pas uniquement. Il y a aussi des temps de contraintes, de combats, de fuites violentes, d’histoires d’amour, de déception, d’amitié à vie, d’amitiés changeantes, de choix entre un groupe et un autre, de rejet, d’acceptation, etc.

Partager de la grattouille c’est un vrai chouette moment…
Mais les avez-vous vu partager la joie de leur cavalier quand celui-ci réussit à leur faire faire quelque chose? Pour la plupart d’entre les cavaliers, oui, on a connu ça, on l’a vu, et c’est magnifique!
Ces partages d’émotions, ça répond aussi à ce besoin social.
Les chevaux ont vraiment besoin de contacts ou échanges sociaux, y compris quand parfois c’est dur voire conflictuel (brièvement s’entend!): l’affirmation de soi de deux parties est une interaction sociale, même si elle n’est pas toujours sous le signe des bisounours.

Les chevaux ont des besoins kinesthésiques et des besoins de mouvements.

Les chevaux ont des besoins physiques, de mouvement pur. Libres, ils parcourent dans la nature a minima 15-20km voire 30, chaque jour, de leur naissance à leur mort. Si si!
En ce sens leur faire faire des activités physiques quand bien même elles ne leur plaisent pas est une nécessité absolue s’il n’ont pas quelques dizaines voire centaines d’hectares de terrain où bouger.
Le jeu des fourchette pour évacuer le sang et ses toxines, la fabrication d’une corne dense et donc saine, le maintien du jeu des articulations et du souffle, la sérénité émotionnelle créée par l’exercice et donc la stabilité comportementale: tout cela ne fonctionne bien qu’avec le mouvement.

Par ailleurs, nous savons combien c’est un plaisir de jouer de notre corps dans l’effort ou la précision. Il en va de même pour eux.
Dérouler un muscle, le contracter, placer son pied exactement de telle façon entre les rochers, orienter son stylo-plume de telle façon à créer tel effet d’écriture, etc.
Jouer de notre corps autrement que comme d’habitude est aussi plaisant. On le vit à chaque fois qu’on commence une activité nouvelle. On s’entend dire « Ah c’est pas facile, non! c’est plaisant même si c’est difficile, j’y retourne au plus tôt ». Et on est fiers de ce que l’on a découvert et réussi, on repasse les gestuelles dans notre tête ensuite…
Combien de chevaux ont appris des gestes avec nous et les reproduisent ensuite à loisirs! Ils allient ainsi cognitif et kinesthésie.
C’est encore mieux s’ils gagnent en équilibre et en dextérité, leur estime de soi augmente.

La monte a cela de jouissif entre autres qu’il faut, au cheval, deviner quels sont les signaux du cavalier dont il doit tenir compte et ceux dont il ne doit pas tenir compte puis en déduire les gestes à produire, la direction à prendre, etc.
Et cela l’oblige aussi à être courageux puisque l’humain n’est plus à ses côtés pour l’aider à affronter l’inconnu, à faire des choses qu’il n’aurait jamais fait seul, ni en liberté, ni même dans son parc avec juste les copains.

Elle a cela de jouissif aussi qu’on peut plonger dans une autre dimension, celle de la communication non physique… Quand la joie du cavalier augmente, celle du cheval aussi, quand le calme est nécessaire, on peut le suggérer en coaptant l’émotion du cheval puis en la remplaçant par la sérénité absolue du cavalier…

Les chevaux ont des besoins de paisibilité.

Cela ne veut pas dire qu’ils veulent qu’on leur fiche la paix, mais bien qu’on ait des activités, même très vives, dans une ambiance, une mentalité paisible.

A nous de rendre leurs séances d’apprentissage intéressantes, de les rendre paisibles dans l’ambiance, de leur donner envie d’en faire encore et plus, de leur trouver des challenges, de prendre en compte leur plaisir à évoluer physiquement et avaler des kilomètres (pas forcément à vive allure).
Cela nous évitera de les accuser de mauvaise volonté, d’être testards, de ne pas (du tout) aimer ceci ou cela, bref, de les accuser de nos incompétences, tant en matière de connaissances équines, qu’en matière d’éducateur…

Les chevaux nous parlent.

Il y a désormais assez d’études scientifiques disponibles pour reconnaitre le faciès d’un cheval apaisé, doux, volontaire, ou mécontent, colérique, mal-à-l’aise, perplexe.
Le simple fait qu’à notre vue ils se mettent à bouger (venir, hennir, partir, regarder, éviter du regard…) est un indicateur de ses émotions.
Il a été aussi montré ceci: les chevaux qui sont à proximité d’un seau d’eau ou de nourriture inaccessibles sont calmes mais dès qu’une personne arrive, ils s’agitent. Ils savent donc se servir de nous pour arriver à leurs fins… 🙂

Les cavaliers ont leur part de responsabilité dans la mauvaise image qu’ils donnent de l’équitation, à leur propre cheval comme aux spectateurs.

Faut-il monter les chevaux en les amenant à être tellement crispés qu’ils en dégoulinent de transpiration à chaque séance?
Faut-il les cravacher, les éperonner tant et plus, en leur tirant sur la bouche à chaque fois qu’ils commettent une faute?
Faut-il les tenir en la main et la jambe en force en permanence parce-que c’est la mode de les travailler comme ça depuis presque trente ans, et que, si tu montes pas comme ça tu respectes pas la biomécanique de ton cheval si si c’est le prof qui l’a dit les autres sont des idiots?
(c’est sûr que pédaler très fort en gardant les freins serrés, même les vélos trouvent ça au top, niveau mécanique! euh… pour ceux qui dorment, c’est du second degré cynique 😉 )
Faut-il traiter les chevaux d’idiots et/ou de méchants à chaque fois qu’on n’arrive pas à faire quelque chose?
Faut-il les sous-employer, les laisser tellement se négliger qu’ils en deviennent neurasthéniques et n’ont plus goût à l’effort ni à la réflexion tellement c’est mortel d’ennui?
Faut-il les bousculer pour leur faire bouffer des kilomètres et de la vitesse, qu’ils aient enfin leur compte?
Faut-il ne surtout rien leur demander quitte à en faire des objets décoratifs au loin qui occupent le pré, sans le moindre stimulus, sans la moindre émotion?

Je vais vous dire: si votre cheval ne vient pas vers vous quand vous avez licol, selle ou filet à la main… il est temps de revoir quelques petites choses entre lui et vous plutôt que de le critiquer et de donner à croire aux spectateurs que les chevaux n’aiment pas être montés.

La tempérance est la solution à tout, si on y ajoute du tact, du bon sens au quotidien, de l’amour pour son cheval… De bonnes bases éthologiques sont nécessaires pour ne pas mal interpréter le cheval, ainsi que de bonnes bases techniques qui permettent de rendre la relation à la monte agréable voire souhaitable…

Certains chevaux auront besoin de beaucoup d’exercices physiques variés dans le calme malgré leur excitation, d’autres de répétitions douces ou vives, lentes ou enchainées…
Les capacités cognitives sont propres à chaque cheval, elles sont limitées ou décuplées par leurs émotions. A nous de les leur rendre faciles (émotion et compréhension)…

Après, ne pas les monter, c’est un choix respectable. Mais il faut le faire avec les bons motifs… Et surtout, si vous ne débourrez pas vos chevaux, c’est leur ôter une chance d’être adoptés si vous avez un jour un incident de vie qui ne vous permet pas de les garder.
Mais ça, c’est une autre histoire…

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