Flodwin, un débourrage gigogne (acte I)…

Flodwin est une jeune Irish Cob arrivée il y a un peu plus d’un mois au club. Du haut de ses quatre ans, elle montre une grande sagesse globale, augmentée par une éducation déjà assez avancée.

En effet, elle connait vraiment déjà quelques mots (Marcher, Stop, Ecarte – se pousser de tout son corps – Pousse – pousser ses épaules –   ). Elle a déjà été montée à cru dans son pré et en balade en main. Il lui manque donc d’être montée sans être tenue en main et d’obéir à son cavalier et non à un meneur à pied. A priori, une formalité. Intérieurement, j’estime le temps du débourrage à 15j – 3 semaines.

Comme il est convenu que c’est la propriétaire qui effectue le débourrage et que je suis là juste en conseils et garde-fou, allez, maxi un mois. Et bien sûr, je vois ça comme un parcours où l’on aura juste à aller d’émerveillement en émerveillement.

Première surprise : émotivité sociale et oubli des convenances.

Une fois mise dans le parc où elle va vivre durant ce petit mois, Flodwin devient hystérique, ingérable aussitôt que son nouveau compagnon, Eros, tente de l’approcher. Elle se jette sur nous pour le fuir à toute force, menaçant de nous piétiner sans vergogne ! Alors qu’on soit son repère, son refuge, son protecteur, je veux bien hein … mais son paillasson, euh … non … Et puis les gestes pour l’impressionner ne l’effraient pas le moins du monde, elle n’a aucune idée de la place qu’elle doit tenir à nos côtés en cas d’inquiétude, etc. Fichtre. Créfieu, l’est ni frêle, ni impressionnable, la belle Flodwin!

Ceci a donc été le premier travail : notion de distance, de respect de notre espace, de réactivité quand on lui dit de se pousser.

Deuxième surprise : la demande de mouvement avant n’est pas comprise comme telle.

Puisque nous lui enseignons de rester à distance à nos côtés (chose qu’elle peut faire chez elle mais laborieusement), on se rend alors compte que ni elle n’avance quand elle n’est pas décidée, ni elle n’accepte de s’arrêter quand c’est pas son moment. Damned. Comment ça ? Pourtant, Flodwin a l’air si bien éduquée …

Bon, allez, c’est parti, on s’attelle à ça aussi, forcément …

Troisième découverte : intolérance à la pression.

Elle monte fort dans les tours, dans le stress, dans la panique dès qu’on est exigent avec elle. Et ceci quelle que soit la demande. Qu’on lui demande de vraiment se mettre en mouvement, de vraiment rester en mouvement, ou de vraiment s’arrêter maintenant et pas dans un tour complet autour de nous.

Bref, plutôt que de lui éviter les tensions – de toute manière, elle empiète trop tout le temps physiquement et psychologiquement sur notre espace, je demande à Emilie si je peux prendre les choses en main. Ainsi c’est moi qui peux ‘absorber’ ses excès et attendre que l’orage passe. Flodwin proteste, fuit, treuille, bouscule, précipite … puis se rend compte que cela ne sert à rien, que rien n’a dégénéré et qu’on veut juste qu’elle marche ou s’arrête à nos demandes. Ouf !

Quatrième découverte : nous répondre lui fait plaquer les oreilles.

Ses oreilles se plaquent de plus en plus à nos demandes, elle recommence à nous couper la route et nous pousser de son épaule. La queue fouette parfois, les naseaux et lèvres se pincent, le regard s’assombrit. Elle obéit à peu près, mais quelle émotion négative ! J’en suis désolée pour elle.

Je ne sais si elle est dans cet état parce-qu’elle s’inquiète de notre soudain autoritarisme patenté (et voudrait nous fuir, et manifeste son inquiétude en protestant de devoir rester si proche de nous, c’est en effet contraire aux codes équins). Ou parce-qu’elle n’accepte pas de se faire remettre aux ordres et que, foi de Flodwin, elle ne va pas se laisser parler comme ça par de vulgaires et ridicules bipèdes.

Mais elle joue le jeu malgré tout. On fait le mort, ne sachant pas si elle va s’apaiser en voyant notre attitude positive et encourageante, et parfois neutre. Ou si elle va nous dégager.

Cinquième découverte : la contrariété la fait nous écraser derechef …

Rapidement, cet état émotionnel non identifiable se transforme en tentative de sa part de nous plaquer comme un vulgaire ballon de rugby, plus ou moins subtilement. Nous travaillons donc le déplacement de ses épaules. Jusqu’à ce que dans l’amorce d’un départ au pas à nos côtés, la belle accepte d’elle-même de démarrer droit voire en se poussant un peu – plutôt qu’à démarrer direct en nous écrasant. Pffiou ! Pas commode, la jolie brune !

Bon, à ce stade, pas mal de séances sont déjà passées. Mais on commence à avoir une pouliche de plus en plus facile. Et surprenamment, très précise, très fine. Bon, et très bourrine parfois. Sa capacité à être vraiment attentive et généreuse est surprenante. On est sur la bonne voie, le bonheur montre le bout de son nez.

Sixième découverte : le trot en main est une nouvelle affaire d’Etat !

Trotter à nos côtés semble un exercice difficile à comprendre et accepter. Surtout quand on est placé à sa droite. Elle fuit comme un beau diable à chaque fois. La jument sage, posée, nonchalante et douce disparait et se transforme en char d’assaut de nouveau. Boudu, mais on n’en finira donc jamais de ces pics émotionnels ? Surtout qu’en face, la belle ne trouve jamais de prise pour créer une situation conflictuelle. Notre attention reste obstinément dans la demande, l’attente de réponse, l’incitation au calme (oui oui, même quand elle nous treuille, se jette ou nous bouscule … ).

On continue d’avancer en parallèle sur la présence de la selle (qui n’a coûté que quelques brefs sauts de mouton, sans plus), sur le fait qu’elle marche, trotte et galope avec un minimum d’aides à distance, etc.

Quelques moments d’accalmie 🙂

Bon, et puis le jour arrive où elle est presque gérable en main au pas et au trot (elle râle encore, elle précipite parfois, mais rien de dramatique), et où son humaine, Emilie, peut enfin se mettre en selle. Mon objectif: que la jument découvre ces nouvelles sensations (elle a toujours été montée à cru). Au pas. Mais aussi au trot, car on n’est jamais à l’abri d’une accélération désarçonnante. Alors autant que cela soit découvert entre Emilie et Flodwin quand cette dernière est gérée par une tierce personne.

Puis le jour arrive (vite) où Emilie a les rênes. D’abord en me suivant puis petit à petit en s’éloignant ponctuellement de moi. Y compris hors du rond de longe.

Et là, septième découverte : refus du maintien d’allure sous la selle.

Flodwin, si terriblement sensible et connectée, capable de prendre le pas lorsque Emilie en juste envie d’aller au pas, refuse catégoriquement de conserver le pas d’elle-même. Diantre ! Pourtant, nous avions réglé cela en liberté dans le rond de longe, et en main aussi ! Elle devrait avoir acquis la logique tout de même ! Alors compris, oui ! Mais accepté, visiblement, non-non-non ! Pffff … Et puis non, c’est non chez Flodwin !

Cela se dégrade à une vitesse déconcertante. Emilie ne peut rien faire (tourner, regarder ici ou là, penser à autre chose), rien projeter, sans que Flodwin lui plante un pile franc et massif. Et redémarre de plus en plus à contre-coeur. Les oreilles commencent à se plaquer de nouveau. Mmmmh … Ca sent la défense agressive à plein nez qui nous arrive dessus. Qu’à cela ne tienne. Je change mes plans.

La nouvelle consigne de travail est : lui enseigner que seul le mouvement avant compte, qu’on ne la dirige pas, qu’on ne pense qu’au pas

 

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