Pascal Vespertini… et Karité

Pascal Vespertini est passé jeudi dernier pour soigner une partie de nos animaux.
Je ne vous en avais pas informés car il devait venir plus tard pour tous ceux qui souhaitaient le voir, ce jeudi était donc réservé pour mes loulous.

Pascal Vespertini est praticien shia-tsu (il fait de l’acupuncture mais sans piquer avec des aiguilles, il appuie avec ses doigts à la place: de la digipression sur les méridiens).
Il côtoie le club depuis la naissance de Sendre en 2006 donc. Autant dire qu’on se connait bien. Autant dire que s’il intervient toujours ici, c’est que la confiance n’a jamais été en berne.
Il y a environ quatre ans, M. Vespertini a dévoilé qu’il pratiquait aussi la communication intuitive malgré lui.
(expérience incroyable à lire ici).

Depuis, M. Vespertini nous a montré de nombreuses fois en cours de soins qu’il percevait de façon juste les pensées de nos animaux.
Alors j’ai tenté. Je lui ai demandé.

Pour Karité.
(en cliquant sur le nom de Karité ci-dessus, vous verrez les photos de Karité 😉 )

Pour cette vache si jolie, cette vache si gentille, cette vache qui semble normale.
Je lui ai demandé pourquoi je n’avais pas de résultat, d’évolution durable quant à notre relation, depuis son arrivée au mois de juin, autrement qu’avec des friandises, et encore, dans un climat de méfiance sans cesse renouvelée. Pourquoi la caresse restait quasiment impossible, etc.
Tandis que je lui expliquais cela dans l’étable où je venais d’enfermer Karité, celle-ci s’est approchée de moi comme souvent et m’a léché la main comme souvent.

Tandis qu’il m’expliquait qu’il allait entrer en communication avec elle, j’ai machinalement mis la main sur sa joue (à Karité, pas à M. Vespertini, hein!)

Et tandis que je finissais d’expliquer combien il était frustrant de ne pouvoir avoir sa confiance durablement, que cela limitait mes projets avec elle, allait m’obliger à employer des méthodes dures pour la licoler et lui faire les soins (ruinant à jamais tout espoir de collaboration spontanée), il m’a glissé un bref: « elle rêve de se faire caresser, elle rêve de se lover dans tes bras, elle rêve de se promener à tes côtés ».
Je n’avais aucune friandise et je me suis rendu compte au son de ces mots que j’en étais déjà à la caresser sur le garrot, sur le cou, le long de la jambe, etc. sans qu’elle ait amorcé de vif repli, sans qu’elle ait soufflé brutalement de peur ou d’agacement, sans que sa corne ait stoppé délicatement mais fermement mon bras, sans que ses yeux se soient écarquillés de stress…

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Grand moment d’émotion. Ne pas laisser mon coeur s’emballer de crainte de lui faire peur, ne pas laisser les émotions prendre le dessus, juste continuer tranquillement… Et puis cesser de caresser de peur d’être maladroite, inattentive, de peur de la trahir sans savoir comment.

Tenter tranquillement une approche sur son côté droit, le ‘côté interdit’, le côté des plus grandes peurs pour elle. Et être accueillie de la même façon, la voir offrir avec délectation sa tête, sa gorge, son cou, ses cornes… ah, pas le garrot, pas vraiment, pas sûr, hop, s’éloigner avant que ses peurs reviennent, avant qu’elle me trouve encore une fois effrayante…

Wooooowwwww… Incroyable!
Cela fait trop de mois que j’oeuvre dans ce sens en vain pour oser prétendre que c’est le fruit du hasard, ni de mes efforts.
Incroyable!!! Mais comment fait-il???
En vérité, la scène est improbable, Pascal Vespertini est (très) proche de la porte du club house, il me rappelle régulièrement qu’il a peur des vaches, il a pas l’air d’avoir fait quoi que ce soit…
Comment fait-il?!!!

On continue. Je ne sais pas s’il sent mon émotion difficilement contrôlée, je me reconcentre, on n’a pas encore vraiment entamé la séance!!!

On commence le dialogue: soit Karité exprime ses émotions comme ça vient, soit je pose des questions. C’est lui qui transmet entre elle et moi.
Je m’attendais à ce que M. Vespertini me dise qu’elle est triste d’avoir quitté ses amies (dont les veaux sont sans doute morts à l’heure qu’il est, puisque c’étaient des génisses à viande, mais passons, elle ne le sait pas), qu’elle s’ennuie terriblement, qu’elle est frustrée, qu’elle voudrait vivre libre, qu’elle voudrait comprendre la raison de sa présence parmi nous, qu’elle sent la bienveillance des personnes de passage devant son enclos, que ça l’intrigue et lui fait du bien quand même, etc.

J’ai eu juste sur un seul point: elle s’ennuie de ses amies, elle s’ennuie et voudrait bien de la présence ou des activités.

Pas de notion d’espace.
Pas de notion de se faire des amis humains.
Pas de notion de belle vie à venir.
Pas de notion d’avenir.
Pas de notion d’espoir.
Aucun espoir.
(Karité, la première Vache No Future connue…)

Karité a un sens aigu du devenir de la vache en milieu civilisé.
Karité a une excellente connaissance de ce pour quoi elle est sur terre.
Karité a dans ses gènes (vraiment, dans l’ADN) tout ce que ses parentes ont vécu et vivent encore.
(à voir cette explication sur l’épigénétique que je viens de découvrir: https://www.youtube.com/watch?v=XTyhB2QgjKg )

Les premiers propos qu’elle a tenus, ou plutôt les premières pensées qu’elle a imprimées en M. Vespertini sont:
Elle en a marre de toujours subir cette même réincarnation en vain, d’être réincarnée en vache et de toujours finir dans la maltraitance, la souffrance et la mort de cette façon. Elle ne veut plus de ça. Elle ne veut plus.
(elle, au sens: la mémoire collective des vaches, je suppose)
Elle en a marre d’être traitée en viande sur pied, elle en a marre de n’être touchée que pour tâter son état d’embonpoint. Elle en a marre d’être touchée pour être vaccinée, pour être écornée, pour être violée par insémination, pour servir de ventre à viande, pour voir disparaitre et mourir ses bébés, pour être prélevée pour les tests viraux ou bactériens ou ADN, pour…
Elle en a marre. Aucun homme, jamais, ne la considère comme ce qu’elle est, un individu à part entière. Elle est bloquée, là, dans cette réincarnation et elle vit toujours pareil, et elle finit toujours pareil.

Alors non, elle ne peut pas avoir confiance en l’homme. Non, même si elle en rêve, elle ne peut accepter une caresse qui n’est de toute façon qu’une meilleure façon de tâter la viande ou d’adoucir son esprit avant de la malmener voire la torturer et / ou l’abattre. Non, non, non, elle n’y croit pas, elle ne peut pas y croire, elle a été trop trahie, trop violentée.

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J’ai pris ces propos en plein estomac.

Cela a été d’une violence inouïe pour moi, qui ai passé ma scolarité au lycée puis en prépa véto puis à la fac de bio à faire signer des pétitions contre.
Contre la vivisection, contre les expérimentations animales, contre l’abattage brutal des animaux (j’ai été si heureuse de la réussite de Brigitte Bardot à imposer le pistolet mécanique mais j’ai bien vu que c’était encore insuffisant), contre la fourrure, contre la tauromachie, contre…

J’ai vu tant et tant de documentaires, sur les animaux, sur les humains, sur ces tortures infligées à nos semblables comme à nos compagnons animaux, les guerres, les essais de toutes sortes sur eux, sur nous. J’ai pleuré si longtemps, et fait tant de cauchemars, j’ai épuisé toutes mes ressources de croyances en l’humanité.
J’ai quand même sacrifié ma licence de bio parce-qu’il fallait vivisecter une grenouille (alors qu’en prépa véto, où c’était utile, j’ai vivisecté des souris, avec un prof hyper respectueux de la vie), et que j’ai refusé de pratiquer le jour de l’examen et que l’examinateur a refusé de me noter présente à l’examen… il ne m’a même pas gratifiée d’un zéro. Absente, non reçue à l’examen.
J’ai été raillée, j’ai été humiliée, j’ai été accusée de sensiblerie dès le collège, j’ai été en permanence provoquée sur ces sujets, chaque repas à refuser de manger de la viande a été un enfer, j’ai aussi été trahie par mes proches qui se croyaient malins, j’ai aussi fait tant d’efforts pour ne pas être extrémiste face à tout ce rejet… Des années difficiles, où j’étais pourtant certaine de la justesse de mes sentiments et de mes analyses, où j’ai été niée dans ma compréhension du monde, le monde tel qu’il est dévoilé petit-à-petit en ce moment par les média.
Certains comprennent l’Histoire, moi je comprends plutôt les cœurs et les âmes, et je vois l’Histoire sous un autre angle. J’ai toujours su que les psychopathes s’entrainent presque systématiquement sur les animaux avant de passer à l’acte sur les gens, que les nations dénigrent les animaux puis une marge de la population qu’elles rangent au rang d’animal, formatant les masses à accepter petit à petit le déni de la vie sensible chez autrui, avant d’entamer une guerre.
J’étais trop bien renseignée, par les données scientifiques, par les documentaires, par les émotions des animaux et humains maltraités.
J’étais capable de regarder ces images atroces, je les ai affrontées, je les ai digérées, et c’est moi qu’on accusait de sensiblerie. J’étais capable d’ôter la vie à un animal en fin de vie pour lui éviter d’agoniser quelques heures de plus, j’étais capable de supporter le sang et la souffrance pour porter secours, j’ai tenté en vain de réanimer des personnes âgées percutées l’une par un camion sur le bord d’une nationale, l’autre par une voiture sur une aire d’autoroute, devant des personnes choquées et immobiles, et c’est moi qu’on accusait de sensiblerie…
Et puis j’ai fait un rempart, j’ai accepté que je ne pouvais rien changer comme ça.
Alors voilà, il y a eu Eclipse, il y a eu Pascale, il y a eu la vie et son évolution, et nous voici, avec ce club, hors de la violence, à respecter chaque individu le plus possible, pas toujours toujours au mieux bien sûr, mais avec conviction en tout cas.
A transmettre les valeurs de la vie, à transmettre ce qu’on peut de bon, à dire qu’on peut éviter de tomber dans les pièges du mauvais côté de notre âme, qu’on peut l’accepter, ce mauvais côté mais ne pas se laisser envahir, etc.
Dans l’espoir que chaque cavalier passant par ici (ou presque) saura voir le bon côté des autres personnes et animaux sur son parcours de vie, et aidera ces autres personnes et animaux à se centrer sur ce bon côté.
Un monde à part, à côté du monde moche, pour semer des petites graines de gentillesse, d’ouverture et de tolérance.

Et là, cette vache, cette vache si jolie, cette vache choisie sur simple photo dès le premier coup d’oeil, cette vache choisie pour un partage de beaux moments…
cette vache adulte jamais manipulée, un peu farouche et vive (dixit l’éleveur), cette vache qui doit se fondre dans notre structure, dans cette belle aventure de vie et de partage de sentiments, de quotidien, de valeurs…
cette vache, créfieu, elle est là devant moi, si paisible, si douce, si sereine, et elle me détaille – par la voix de M. Vespertini – de façon déprimée toutes les atrocités vécues par ses semblables, et elle a ça d’imprimé dans ses gènes, sans même l’avoir vécu personnellement…
elle me renvoie tout dans la gueule, d’un coup d’un seul, et je sens mon beau verni s’effriter…

Alors pourquoi moi qui ne suis même pas vegan, qui suis simple végétarienne, pourquoi je tombe sur une vache qui semble avoir lu l’intégralité du listing des arguments de ces mouvances?
Bon, une part de moi le sait… Tiens, dirait-on que les vegans sont en fait des personnes qui ressentent le plus fort les douleurs des autres?
Notez bien, les vegans ne seraient pas si agressifs envers les personnes qui mangent de la viande, je serais des leurs… 😉

Ah!!!… Rrrrhâââaa…. mais on pouvait pas tomber sur une vache juste contente d’être là, non!!!? Sérieux!
Non??
Une Oui-Oui-la-vache-qui-rit? Non? Youkaïdi youkaïda, viens jouer dans la prairie? Non? Un Disco mais version vache? Toujours non? Martine à la ferme? Sûr que non?
Bon.
Pfff.

J’ai une partie de moi qui est entrée en révolte.
J’ai pas envie de porter le poids de toutes les atrocités faites par mes congénères, à travers elle.
Je ne me sens pas dans ce rôle. Je ne veux pas vivre ce regard sur moi.
Elle porte toute notre côté inhumain, sa peau étalée sur le sol, nos peaux sur les abats-jour, se faire découper consciente, les conflits entre les ethnies humaines et les tortures des pays civilisés, ses tripes à l’air, nos guerriers agonisants, nos psychopathes, nos chefs d’abattoirs, décideurs de guerre, architectes des camps, des usines à lait et à viande, son lait volé, nos récoltes spoliées, son ventre utilisé, nos femmes violées sans accès à l’IVG, notre fascination dans les arènes face aux taureaux, face aux gladiateurs, notre soif de sang, notre violence, notre déni de la souffrance de l’autre…
Je n’ai jamais été comme ça, j’ai participé à cette souffrance quand j’étais jeune, quand je ne savais pas, mais je ne mange plus de viande… Je ne veux pas porter l’horreur du monde humain en matière de maltraitance animale ni humaine.
Je suis complètement abasourdie par ce que j’entends. J’ai donné, j’ai assez donné en matière de culpabilité pour mon espèce parfois si malveillante!

Je regarde cette vache si belle et si paisible, qui dit tant de choses affreuses et affreusement exactes.
J’essaie d’imaginer ce que c’est que de se savoir être de la viande vivante, et j’en suis incapable. Je vois un amas de viande sur squelette de vache debout, et je suis désespérée pour elle.
J’aurais voulu simplement qu’elle soit heureuse et qu’elle participe justement à cette prise de conscience sur le fait que les vaches (comme nos moutons, comme notre cochon) peuvent recevoir de l’attention, peuvent recevoir de l’éducation, peuvent recevoir du sentiment, peuvent recevoir de l’affection… et peuvent en donner.
Je veux juste qu’elle ne s’inquiète pas de son avenir et montre à tous qu’elle a des émotions, qu’elle a sa façon de percevoir les événements, les choses, les demandes qu’on lui fait, les…
Si elle pouvait toucher l’âme d’une seule personne du club, elle aura fait un merveilleux travail sur l’humanité toute entière…

M. Vespertini lui transmet.
Elle ne comprend pas. Bon…
Il lui explique la notion d’animal de compagnie.
Elle ne comprend pas. Bon…
Il lui explique le fait d’avoir un prénom.
Elle ne comprend pas. Bon… Elle revient sur le fait qu’elle est tellement sûre qu’elle va être tuée, tôt ou tard.
Ah mais non, on lui assure que non.
Elle ne comprend pas. Bon… Par quel bout commencer?

Du coup, je suis obligée de m’engager à la garder même si elle reste réfractaire à tout contact humain sincère. Car ailleurs, on ne peut savoir ce qu’elle deviendrait, si elle reste réfractaire. Je serre les dents, ce n’est pas tout-à-fait mon objectif, d’avoir des animaux qui sont anti-humains, ça ne va pas servir sa cause d’ailleurs. Elle sera recluse dans un parc, ce qui n’arrangera rien. Mais je m’engage.
Elle veut bien essayer de comprendre tout ce qu’on vient de lui dire.
Mais elle ne sait pas ce que ça fait, de comprendre tout ça, et de vivre dans ce sens. Elle demande quelques mois pour essayer.
Elle pense finalement comprendre, pour le prénom.

Elle est très en colère contre les hommes mâles qui ont fait tant de mal, qui sont si fourbes, qui caressent, parlent bien mais tâtent, maltraitent aussi et laissent tuer ou tuent dans la douleur. Cela ressort en permanence dans la discussion.
Cela m’attriste à chaque fois. Je voudrais tant son insouciance…

Elle a l’air si paisible, si sereine, si belle.
Elle porte tant de noirceur, tant d’angoisse, tant de trahisons subies…
Vache sacrée, vache objet, vache cristallisant toutes les horreurs…
Et pourtant elle veut bien essayer.

Chaque jour depuis ce jour, j’ai pu la caresser un peu plus, un peu plus longtemps. Aujourd’hui, j’ai pu caresser jusqu’à la base de la queue, en toute tranquillité.
Et nous mettons fin au toilettage d’un commun accord, il est rare qu’elle ait peur.
Le côté droit reste plus délicat à aborder malgré tout.
Elle continue d’approcher les gens, hommes et femmes, elle continue son exploration de notre monde, d’un monde sans cruauté et sans arrière-pensée sordide.
Chaque caresse acceptée est un miracle pour moi.
Tout ceci est tellement incroyable, si récent, si subit, tellement fragile…

Merci M. Vespertini.
Même si cela ne dure que quelques jours, cela aura été quelques jours fantastiques.

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3 pensées à propos de “Pascal Vespertini… et Karité

  1. A ce jour, et malgré le peu de temps que je lui consacre, Karité se laisse toujours caresser partout, à condition de l’approcher respectueusement. Elle se laisse soulever les pieds avant brièvement. Et elle met son licol presque toute seule.
    Il me reste une longue route avant de pouvoir lui parer les onglons et l’emmener avec moi en promenade. J’espère pouvoir lui accorder un peu de temps et d’amour pour pouvoir nous offrir ça 🙂

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