Actions de rênes les mains hautes, c’est trop hot …

« Oui mais alors, dans votre secte (🙄) des Mains Hautes (traduisez l’Ecole de Légèreté, ou EdL sinon c’est un peu long, tout autant que les explications à venir notez bien), comment le cheval réussit-il à vous comprendre puisque quoi que vous demandiez, vous montez toujours les mains ? »

Nos mains se lèvent … c’est vrai !

Nos mains se lèvent pour n’agir que sur la commissure des lèvres, jamais sur la langue ni les barres (la zone sans dent de la mâchoire). Ce n’est donc pas une demande mais un signal précédant une demande, avec la promesse que l’action ne sera pas douloureuse même s’il refuse ou ne comprend pas.

Le cheval en aucun cas ne doit changer sa vitesse, son allure, ni son équilibre lors de la montée de mains (ou à l’amorce de la montée de mains, car dès qu’il est un peu éduqué, notre compagnon n’a plus besoin qu’on monte aussi clairement les mains, il est à l’écoute et se tient prêt pour … tout). En effet, si on monte les rênes sans agir pour ralentir, tourner, rééquilibrer, etc., nous devons expliquer à notre cheval que ben voilà, juste une montée de rênes sans changement de tension, ça ne doit rien changer. D’ailleurs, pour être justes, la montée de main doit se faire à bras relâchés, souples, afin de ne pas gêner notre cheval.

Nos mains se lèvent, oui ! puis … elles agissent.

C’est lors de cette action que le cheval doit découvrir de quoi il en retourne. Selon les cas, notre posture change de manière concomitante ou légèrement avant l’action des mains.

Si nous ne faisons aucun distinguo entre toutes nos demandes, comment peut-il s’y retrouver en effet !? A nous d’être clairs avec nos postures, et nos actions.

A / LA CESSION DE MACHOIRE

La cession de mâchoire sert à faire jouer et relâcher l’ATM – articulation temporo-mandibulaire (c’est une des spécificités de l’EdL, cette cession de mâchoire, et son impact se ressent sur le massif antérieur, mais parfois jusqu’à la diligence des hanches – et vice versa d’ailleurs). C’est la clef d’entrée en quelque sorte.

1/ le cheval est à l’arrêt ou en mouvement, éventuellement sur une figure de dressage ou lors d’une transition. Nous ne changerons rien, dans notre position, de ce qui est déjà en cours,

2/ nous ne changerons rien dans notre envie d’avancer à l’identique (il nous faut même être en alerte pour détecter le moment où le cheval risque de nous demander s’il peut ralentir ou accélérer, auquel cas on proteste poliment mais fermement),

3/ la tension des rênes se fait alors vers le haut, douce et constante si c’est suffisant (quelques secondes d’écoute mutuelle), puis elle augmente progressivement si nécessaire.

4/ dans les cas où le cheval fige l’ATM, ou la nuque, ou passe derrière la main, ou pèse, effectuer un demi-arrêt (cf paragraphe C/ ). Puis reprendre où vous en étiez juste avant le demi-arrêt.

5/ aussitôt que le cheval mobilise son ATM, nous cessons la demande en abaissant rapidement nos mains ou en allégeant le contact à la notion d’une plume … quitte à réitérer la demande si l’impudent se ravise et n’ouvre finalement pas les mandibules comme on l’avait pensé (d’ailleurs notre exigence devra sans doute être un peu plus élevée pour ne pas inciter notre monture à réitérer une demi-réponse). Cette cessation de demande est immédiate, rapide, et la tension des rênes doit disparaître, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, pour remercier le cheval, qu’il sente qu’il n’a pas besoin de chercher une autre réponse. Cette cessation se nomme  »descente de main » (non, c’est même pas une blague, ça prouve d’ailleurs qu’il était évident, lorsqu’elle fut créée, qu’une action se faisait par la montée de la main … )

B/ L’EXTENSION D’ENCOLURE AVEC OUVERTURE DE LA NUQUE

Afin qu’un cheval, n’aimant pas le contact (par nature ou par expérience passée), étende ses rênes en ouvrant la nuque (l’angle tête-encolure), il va falloir lui faire comprendre que prendre du contact n’est pas un drame. C’est d’après moi The grande spécialité de l’EdL, que je n’ai trouvée nulle part ailleurs avec cette précision et efficacité : je parle d’Action-Réaction.

https://m.facebook.com/watch/?v=1914018908897194&_rdr

Les chevaux fuient en général le contact en passant au-dessus ou en arrière de la main (chevaux qui portent au vent, ou chevaux qui s’encapuchonnent). NB : M. Philippe Karl répète souvent : « Un cheval tend ses rênes en ouvrant la nuque« .

1/ nous ne changeons rien dans notre position (tout au plus pour les jeunes chevaux, on les encourage à charger un peu leurs épaules en avançant à peine notre buste),

2/ nous ne changerons rien dans notre envie d’avancer à l’identique. Il nous faut même être en alerte pour détecter le moment où le cheval risque de nous demander s’il peut ralentir ou accélérer … tiens, j’ai déjà écrit tout ça, à croire que je radote ?

3/ la tension de nos rênes se fait vers le haut et reste douce, constante, comme en suspens, … tiens on a déjà vu ça aussi ! Mais si on récompense une éventuelle cession de mâchoire, la cessation de demande est alors présente, infime oui (un relâchement plus prononcé de nos bras tout en gardant de la tension est suffisant), mais surtout notre demande de base ne cesse pas ! Sinon en effet le cheval pense avoir répondu, se démobilise, et remonte son encolure, puisqu’il est libre …

4/ puis (surtout avec un cheval novice ou déconcentré) s’il n’y a pas de réaction, la tension des rênes augmente doucement mais fermement (vers le haut, hein …) avec des paliers. Pour laisser le temps au cheval d’analyser, de faire des propositions, de se tromper, d’essayer encore. D’ailleurs, avec un novice, en fait, si … on cède dès qu’il tend ses rênes, les premières fois, sinon on court le risque qu’il n’essaie même plus. Très vite, on se contente de céder de plus en plus tard, pour, dès que possible, se contenter de rendre.

5/ l’élasticité de nos bras ne doit jamais faire défaut quelle que soit la durée de la recherche du cheval, quelle que soit la fermeté de notre action. Le cheval sent qu’en avançant le bout du nez il peut entrainer nos bras puis les rênes, qui offrent alors une moindre résistance : nous rendons les rênes (rendre est fort différent de céder). Ceci signifie que nous abaissons nos mains vers l’avant et le bas – bon, enfin, vers la bouche du cheval quoi – sans rompre le contact. Ou plus précisément c’est le cheval qui nous les fait avancer tellement notre élasticité est facile à emmener. Et hop, le tour est joué ! La présence de contact (doux, moelleux) sans cessation signifie que le cheval doit continuer son exercice : tendre ses rênes.

6/ et si le cheval en profite pour arracher les rênes ? Si ce sont ses premières fois alors qu’il n’osait juste là pas tendre ses rênes, ou pas étendre l’encolure, ou pas ouvrir sa nuque en descendant, bon, euh … on va peut-être être un peu tolérant, hein, il ne s’agit surtout pas de le décourager d’aller dans cet axe … Cependant, une fermeture des doigts juste avant l’arrachage peut déjà être mise en place. Et en quelques essais, si le cheval ne manifeste plus de timidité pour l’extension, bon ben … se référer au paragraphe C/ pour spécifier qu’à telle hauteur d’encolure, si nos doigts se ferment, ben si mon chouchou, ça veut bien dire que ça va pas plus bas, point …

C/ LE DEMI-ARRET

Effectuer un demi-arrêt peut signifier : demander à un cheval de se rééquilibrer, remonter son encolure, réouvrir la nuque ou encore de cesser de peser à la main.

Ce n’est absolument pas du tout la moitié d’un arrêt ! ouh là là ils sont compliqués ces cavaliers avec leurs expressions pourries … le but est bien de décoller le cheval de la main (oui, ça aussi c’est bizarre comme expression, mais on y notera l’idée de légèreté), et/ou le rééquilibrer (bon là je ne vais pas entrer dans les détails de l’ouverture de nuque pour reprendre le contact et étendre l’encolure, n’insistez pas, enfin pas trop, ou du moins pas ce soir).

1/ nos mains prennent soin de n’agir que de bas en haut, mais de part et d’autre de la zone initiale de la demande (oui, ça veut bien dire qu’elles redescendent, les mains, arrêtez de vous torturer les méninges)

2/ nous ne changerons rien dans notre envie d’avancer à l’identique. Ou alors nous faisons le choix délibéré d’inviter à ralentir (voir option D/), nous nous rééquilibrons alors dans notre posture … au pro rata de ce que nous allons demander au cheval.

3/ en une à trois-quatre secondes en tout et pour tout, nos mains amorcent un tremblement, puis vibrent si nécessaire.

4/ si le cheval ne réagit pas, les mains procèdent par secousses en prenant soin d’œuvrer à monter et redescendre autour du point d’origine de l’action, et non monter indéfiniment (le cheval doit cesser de s’appuyer, remonter sa tête de quelques millimètres ou centimètres pour cela … il est hors de question que nos mains montent en même temps que sa tête, ce serait désastreux, il ne serait pas récompensé ni libéré de la tension et finirait logiquement par peser plus !), voire des secousses franches si nécessaire, l’important étant que le cheval se sente (enfin) concerné et réponde …

5/ cesser instantanément le tremblement (ou autre) aussitôt que le cheval réagit, et continuer notre mouvement (cercle, épaule-en-dedans, ligne droite, transition, etc.) ou en entamer un, avec les mains alignées entre nos coudes et la bouche du cheval. Elles sont alors légères comme des plumes. Notre cheval est prêt à se mobiliser plus respectueusement, merci pour nos bras, nos doigts … (et donc, en corollaire, merci pour sa bouche, ce petit ou rigoureux rappel à l’ordre vaut mieux que des kilomètres à en avoir plein les bras, et lui plein les muqueuses).

D / LES TRANSITIONS DESCENDANTES

Nous montons aussi les mains pour lui demander de ralentir, de s’arrêter ou de reculer … Ce qui, attention les méninges, est la même chose ! Tiens, prenez l’axe des ordonnées Ox, considérez que le référentiel O est un cheval à un trot donné, son compagnon – qui trottait au botte-à-botte avec lui – freine, ou s’arrête … hé bien par rapport à O, on peut affirmer qu’il recule !

1/ si le cheval n’est pas attentif, le prévenir délicatement (cf paragraphe B/ ) afin de ne pas le laisser s’emboutir, s’empaler sur la main. Relaxer nos jambes pour ne pas envoyer d’information contradictoire.

2/ se rééquilibrer soi-même pour l’inviter à nous imiter, ou plus simplement afin de ne pas atterrir sur l’encolure du cheval si par hasard il obéissait plus vite ou plus fort que prévu (si, hé, on me la fait pas à moi, ça arrive à tous, ce genre de blague)..

3/ si cela n’a pas suffit, agir sur les rênes pour ralentir, mais en refusant que le cheval s’appuie dessus (donc ne pas attendre de poids avant d’avoir la main vibrante, pour l’en décoller durant la transition).

4/ cesser dès le moindre ralentissement (descente de mains) mais recommencer illico si le cheval ne finit pas de lui-même ce qu’il a entamé.

Vous aimez ? Partagez !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.