De la sensibilité des êtres …

Je me souviens lorsque Florence Lombardini m’a permis d’accéder à la marche avant avec Dylan, sans plus avoir besoin d’agir avec mes jambes ni même mon assiette. J’étais si surprise que je suis restée atone, sans capacité d’en éprouver quoi que ce soit. Peut-être un ‘c’est dingue ce truc !’ et hop, on n’y pense plus. Enfin si, mais on le refuse. Tout en l’espérant. Enfin, j’me comprends.

Puis lorsque vraiment vraiment, seule dans mon coin, j’ai testé en tous sens, je me suis auto-surveillée, et que j’ai réussi à avoir l’impression de passer des transitions sans y  mettre la moindre action physique, j’ai arrêté Dylan, estomaquée, et j’ai pleuré. D’incrédulité. De culpabilité d’avoir si souvent bousculé ce pauvre loulou qui ne démarrait presque jamais fidèlement à l’action de mes jambes. De reconnaissance. De gratitude. De plein de choses encore. J’étais anéantie et libérée à la fois. Comme face à quelque chose de trop grand pour soi. Qui nous submerge, nous porte, nous englouti et nous fait planer tout à la fois.

Puis j’ai pu m’en servir parfois, avec Dylan, même en situation moins ‘intime’ 🙂

Des mois plus tard (oui, j’ai été très très très lente à la comprenette), quand j’ai décidé de tester cette surprenante connexion sur mes autres chevaux, je l’ai fait un peu à reculons, avec enthousiasme mais prudence.

Eclipse a mis quelques essais à comprendre. Qu’elle pouvait, qu’elle devait répondre. Je n’y ai cru qu’à moitié, mais d’essai timide en essai timide, elle a fini par s’y mettre. Et je me suis retrouvée comme absorbée par cette découverte (si évidente pourtant ! ). Fébrile, j’ai essayé avec Sendre. L’immédiateté de ses réponses, son air d’avoir toujours su cela m’a plongée dans un profond chambardement émotionnel. Une sorte d’euphorie teintée d’incrédulité et de gratitude infinies. On reste là, sur leur dos, comme inerte, et les larmes coulent seules, le regard au loin, plongé dans cette nouvelle dimension …

Puis on se jette à corps perdu dans cet état second, ce flow, qui permet cette connexion … en toutes circonstances, quel que soit le cheval.

Et puis juste après, j’ai demandé à certains de mes cavaliers de s’y mettre aussi. J’avais le coeur battant, j’étais tellement peu sûre de ce qui allait se passer, j’allais leur paraître complètement barj’. J’étais à la fois inquiète de ne pas réussir à transmettre ce que Florence m’avait transmis, et à peu près sûre que cela ne fonctionnerait pas. Que ni mes cavaliers ne joueraient vraiment le jeu, ni les chevaux. Que c’était peut-être une hérésie de vouloir transmettre cela. Chaque mot que j’employais, chaque image que je leur décrivais, tout me coûtait infiniment, je me sentais si dérisoire dans ma quête, si peu légitime de leur demander de me servir de cobaye …

Mais ils l’ont fait. Avec une infinie patience. Avec une écoute si incroyable. Avec une finesse bien supérieure à la mienne. Une capacité d’écoute et de bonne volonté que je n’avais pas eues avec Florence. Et ils ont réussi pour la plupart, très rapidement ! Tandis que je tâtonnais, me noyais dans mes explications, eux ils nageaient et avançaient sans moi … et hop, une transition sans contraction de mollet, cuisse, fessier ni abdo, rien. Et hop, une autre sans redressement du buste, sans bassin qui se fige, rien. Tellement plus aisément que ce que j’avais pu le faire à mes débuts ! Tellement plus spontanément ! Et pendant que mes élèves s’appliquaient à découvrir joyeusement cela, j’essuyais discrètement mes larmes de gratitude, de reconnaissance, d’incrédulité …

Et puis il y a eu cette fois, où j’ai eu le culot de demander à une nouvelle élève (Mélanie D.) sur une jument qu’elle ne connaissait pas (Añeca), si elle acceptait de me servir de cobaye dans cette quête. Et là, sans que jamais ces deux êtres se soient rencontrés avant, sans que je connaisse réellement cette personne, sans que j’aie testé préalablement la capacité de connexion de cette jument … sous mes yeux, là, le couple s’est ébranlé sans la moindre action de la cavalière. Dès le premier coup. Sans action éducative. Rien. Nada. Et ces transitions … Mon coeur s’est serré puis a bondi si fort … Comment c’est possible entre ces deux ?!!!

Je vous épargne les émois quand j’ai tenté de transmettre cette notion d’osmose avec des chevaux, des couples que je ne connaissais pas, dans des écuries même pas sympathisantes de l’Ecole de Légèreté ni de l’équitation éthologique. Et que ça a fonctionné aussi.

Puis quand Véronique Q. m’a suggéré de le tester à pied à distance, que j’ai refusé (la tâche est trop vaste lui avais-je répondu, je te le laisse, je n’ai pas le courage de m’y atteler). Et elle l’a testé, avec sa jument Shakyra, et cela a fonctionné aussi. Mince alors ! A distance quoi ! Damned. Puis je l’ai testé à pied à l’épaule avec succès, puis à pied à distance. Et les chevaux ont répondu (mais toujours ou presque avec un passage éducatif).

Puis il y a eu Carita, et ce débourrage hors dimension du réel … tout a commencé via des demandes internes, sans action d’aides usuelles (sauf pour le tourner). Ces réponses ‘spontanées’ ont ensuite permis à Carita de se mettre dans les aides normales, en limitant le risque de la trouver rétive à la jambe (chemin tout tracé pour elle à l’origine :-/ ).

Autant dire que mener un débourrage sans utiliser le chemin habituel a été une drôle d’expérience. Encore plus de certitude que le cheval peut se fondre dans une envie ressentie, perçue, faite sienne sans même jamais avoir reçu une éducation aux aides … Enfin si, à pied tout de même ! (bref, c’est un article où il y a finalement beaucoup de larmes de joie et d’incrédulité et de gratitude, tsss).

Puis il y a eu Séverine Deretz, qui m’observait tandis que sa jument tentait de m’emmener à pied dans ses circonvolutions mentales et physiques, son hyperactivité, dans son énergie débordante, dans ses automatismes excessifs … Cette jument que je tentais de ramener au calme intérieur à chaque dixième de foulée, à chaque oeillade, à chaque mouvement d’oreille … Une lutte féroce, un dialogue endiablé, silencieux, invisible, de celui qui tente de convaincre, d’envahir l’autre de son intention, de son énergie … La jument s’est posée, quasiment sans que j’aie à faire d’action éducative ‘physique’. Et là, Séverine m’explique (en tant qu’observatrice) qu’elle a ressenti des ‘vibrations’ durant ce long moment d’échanges invisibles. Je me demande un instant si c’est du lard ou du cochon, si elle les a imaginées, ce qu’elle veut dire par là, voire si c’est une déclaration ‘tactique’ pour m’encourager à persévérer en ce sens. Mais, je l’observe, elle a l’air sincère et simple, il ne semble pas y avoir de calcul, elle l’a dit juste comme un fait, point. Fichtre … Ca m’en bouche un coin. Mais comment réellement croire quelque chose que l’on ne perçoit pas soi-même ?

Et pourtant, Séverine, je veux bien la croire … Je suis partagée entre l’incrédulité et la joie hystérique de me dire  » Ah mais en fait, cette communication, elle est physique, mécanique, vibratoire hein !!! « . Avec une pensée si intense pour Patrick Chêne … Merci, merci Séverine … Elle n’imagine pas à quel point cela m’a chamboulée. Et bien sûr elle, elle a su dès lors se servir de cette connexion très aisément et canaliser sa jument à pied et même sous la selle … Et je lui tire mon chapeau !  (penser à acheter un chapeau).

Puis il y a eu Alice T. Ce lundi. Qui a travaillé avec quelques-uns de nos chevaux. Et qui a découvert à son tour cette qualité de connexion que l’on peut avoir avec un cheval, même inconnu. Cette évidence pour eux que de se fondre dans une envie d’osmose. J’ai lu son corps, j’ai vu son regard perdu dans l’immensité, j’ai cru sentir son coeur. C’est cette émotion-là, on dirait – ai-je pensé – exactement cette émotion-là … que j’ai ressentie à chaque découverte. Cet état intérieur qui oscille entre l’infini néant et le déferlement … Wow …

Merci, Alice … d’avoir ressenti cela, de m’avoir fait revivre cela … depuis le fond de mon coeur … depuis la source de l’humanité … merci …

 

 

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