Brindille et sa vie mouvementée

Brindille, jument dont nous avions parlé il y a quelques temps, apprend de mieux en mieux à accepter sa nouvelle vie, avec ses avantages et ses contraintes.

L’éducation qu’il a fallu remettre sur cette jument est un peu plus technique et psychologique qu’avec la moyenne des chevaux car elle a une forte émotivité d’une part, mais aussi elle avait appris à répondre par inhibition de la fuite, et non par acceptation réelle de la montée dans le van.
On a donc à présent une sorte d’effet boomerang à propos de tout ce qui lui a été imposé sans lui avoir été expliqué.
Cela demande fermeté, rigueur, précision, anticipation et bonne lecture des intentions, émotions de la jument.

Elle a un peu tout fait vivre à ses pauvres propriétaires, y compris s’échapper, sauter des clôtures, galoper dans un fossé, etc. Et à côté de ça, elle est attentive, généreuse, simple et franche… Tout un poème…

Il est intéressant de noter qu’au plus elle a la possibilité de protester, de faire durer une mauvaise réponse sans qu’on lui (ré)explique la bonne réponse à donner et la réactivité qu’elle doit y mettre, au plus elle est stressée, paniquée, virulente, excessive.
Au plus clairs sont les ordres, au plus il semble simple pour elle d’y répondre, sans que la panique la prenne, et même maintenant sans qu’elle soit tremblante de trouille pour embarquer ou voyager.

Elle est comme une caricature de ce genre de situations. Avec elle, on comprend bien que laisser dans le flou crée la détresse et la rébellion. C’est tout le temps expliqué ce genre de chose, mais les chevaux ont quand même pour la plupart un seuil de tolérance plus bas. Elle, elle laisse rien passer… Elle rejoint un peu le tempérament de Vénus par certains côtés, mais heureusement, elles ont aussi beaucoup de dissemblances!

Rigueur, précision de demandes et de réponses étant compris et de la jument et des propriétaires, les embarquements petit-à-petit sont plus un jeu de discussions rapides mais sans effets néfastes réels, et elle devient charmante ces temps-ci.

Embarquement, trajet, débarquement au club, longe ou liberté ou travail en main, monte, réembarquement, re-trajet… Tout s’éclaircit!

Mais voilà, ce soir, Brindille était en coliques.

Un coup de fil reçu de la part des propriétaires, aller chercher de quoi faire une injection… Je leur demande de contrôler les muqueuses, l’hydratation, la température. J’arrive puis on note la respiration augmentée, ils me parlent d’anorexie, attitude anormale, bruits intestinaux diminués, grattages, tentatives de roulades, bâillements excessifs… tout ça pêle-mêle tandis qu’ils appellent leur vétérinaire.

Je vais pour faire l’injection (avec l’accord des propriétaires). Au téléphone le vétérinaire refuse, explique qu’il arrive d’ici 30mn et a besoin de voir les symptômes pour bien faire son diagnostic.
Ah. Mince. Ca alors, je m’attendais pas à ça.

Laisser le risque que la jument augmente ses coliques alors qu’on a un anti-spasmodique sous la main, là, de suite?
Je fais le tour de la question intérieurement.
On l’a prise, la température, y’a PAS de fièvre.
On a contrôlé la respiration, elle est AUGMENTEE de 2,5.
On a écouté le ventre, le transit est RALENTI.
On a regardé les muqueuses, elles sont OK.
Elle est pas déshydratée du tout du tout, sa peau est très très réactive pour se remettre en place sitôt étirée.
Pffff.
On attend quoi? Que le bouchon finisse par vraiment se créer? Que la jument finisse par se coucher et se blesse ou nous blesse?
Le seul point anormal dans cette colique, ce sont les bâillements excessifs observés auparavant. Sans doute l’estomac donc. Si le bouchon est juste à la sortie de l’estomac et remplit ce dernier de liquide inflammatoire, en le rendant douloureux, oui, il est urgent de débloquer ça, il faut au moins que les intestins arrêtent de se contracter inutilement en empêchant l’avancée du bouchon…

Je comprends absolument la demande du vétérinaire, mais mon expérience me dit qu’au moins on tarde, au mieux c’est.
Je capitule donc rapidement sur l’injection de l’antispasmodique.
Mais… j’entame la manipulation shia-tsu d’effleurement des flancs que Pascal Vespertini a apprise à presque tous mes cavaliers et moi-même.
Je suis même prête, comme je l’avais déjà fait pour Dylan et comme Véronique Querbes l’a fait pas plus tard que ce mercredi sur un cheval, à utiliser aussi le chant diphonique pour accentuer, que dis-je, démultiplier les effets bénéfiques de la manip. Tout, même la gène de mal chanter (voire de ne pas être en diphonique du tout), plutôt que la mise en route d’une crise plus douloureuse.

Tandis que je fais la manip, nous parlons des causes possibles, j’essaie de les énumérer toutes. Et sous mes doigts, le miracle se produit encore, je sens que les mouvements intestinaux reprennent (oui, et j’entends aussi, hein, car elle n’a pas été soft sur le démarrage du transit!). On contrôle le rythme respiratoire, il est revenu à 14 mvt/mn, et les bruits digestifs: ils sont bien là, normaux, et des deux côtés. Plus rapide qu’une injection de calmagine, merci Brindille, je n’en espérais pas autant.

Je remercie intérieurement pour la centième fois Pascal Vespertini. Et pour la troisième fois Patrick Chêne (1/ pour le chant salvateur avec Dylan, 2/ pour le cheval de Véro qui elle aussi a osé chanter lors de la manip d’effleurement des flancs (qui avait été cette fois inefficace à elle seule), et 3/ pour le fait d’avoir l’option sous la main, enfin, sous la corde vocale, de ce chant pour Brindille).
Mes soigneurs, vous êtes des génies!

Je laisse le soin aux propriétaires de se débrouiller avec leur vétérinaire via téléphone.
Et de retourner vérifier au moins une fois que la jument est toujours ok dans un long moment. Je leur laisse de quoi faire une injection. Sait-on jamais… Et ordre de me réveiller si ça ne va pas, bien sûr.

Non mais sérieux, laisser une jument en souffrance… ça, je peux pas faire, c’est pas dans mes compétences.
Et pour le coup, on n’a pas du tout masqué les symptômes, hein, on les a… mmmh? dispersés? 😀

Maintenant, ça empêche pas de réfléchir.
La vermifugation est-elle ok? Les petits strongles sont redoutables…
La chaleur et un manque d’abreuvement par flemme?
Les ovaires? (non, les soins n’auraient sans doute pas aidé)
Une plante pas cool dans la prairie?
Un coup de stress?
Une flore intestinale répondant trop aux changements barométriques?

Reste à comprendre pour les bâillements, non usuels me semble-t-il…
A-t-elle pu tout bêtement se coincer un truc dans le cardia ou l’autre sphincter stomacal?
Un ulcère non résolu de sa précédente vie?
Une plante?
Certains stades larvaires non atteints par un vermifuge?

Bien sûr, il doit y avoir plein d’autres motifs!
Mais si une cause autre a fait son office, ben… elle va sans doute se remanifester.

Bon, allez, belle nuit jolie Brindille, et j’espère que tes propriétaires et toi pourrez passer un bon week-end!

[Edit 3 juin: Brindille va bien
Elle a eu une très légère rechute hier quand même, un vétérinaire est venu et a prescrit du gastrogard pour l’estomac en plus d’avoir fait de la paraffine – cette dernière ayant déclenché de nouveau les douleurs stomacales – et voilà, fin de l’histoire, enfin 🙂 ]

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