Que faire en cas de maltraitance animale?

Vous avez vu des animaux visiblement en souffrance. Vous avez contacté le propriétaire d’une façon ou d’une autre pour lui faire part de vos inquiétudes et proposé votre aide.
Les animaux ne sont pas très vieux, ni juste sauvés de maltraitance, ni malades en cours de traitement, etc.
Votre proposition n’a pas suffit, pire, le propriétaire trouve que tout va bien et refuse de changer son regard sur ses animaux.

Voici le premier geste à faire: contacter une association de protection animale…


Quand un dossier existe déjà, il est habituel qu’il faille plusieurs mois avant que le retrait des animaux se fasse – s’il se fait un jour.
Parfois, cela prend plusieurs années.
Sans compter les détenteurs d’animaux maltraités qui deviennent récidivistes.
Ce temps coûte pas mal de vies animales.

Si comme moi cela vous agace un peu, plutôt que de marronner dans votre barbe, ou de lever les yeux au ciel, je vous invite à joindre les acteurs du sauvetage.

L’association en charge du dossier a sans doute des milliers d’intervenants qui lui disent des trucs comme « Mais que fait la police! C’est une honte! Pendez le propriétaire par les c…heveux! Pourquoi les asso ne font rien! Bougez-vous! Allez retirer les animaux sur place! sauvez-les au lieu de parler et prendre des photos! Détachez-les! Libérez-les! Donnez-moi son nom que j’aille lui casser la… etc. »
Bref, les asso ne lisent même plus les courriers ou mails reçus pour telle affaire, c’est pour elles une perte de temps, vraiment, et ce n’est ni agréable ni constructif ni aidant.
Les asso s’appuient sur les personnes impliquées qui ont dénoncé et/ou qui s’engagent à fournir des renseignements et des photos, des localisations (charniers enfouis, entassements d’animaux dans des locaux hors de vue, sur d’autres zones géographiques, dans d’autres parties de la maison, etc. dates, actes, nombres, blablabla).

Si on n’est pas dedans jusqu’au cou, on peut quand même aider.

En général si ça traine, cela peut être dû:
– à l’asso, mais c’est extrêmement rare (quelques inspecteurs novices peuvent rater un éléphant en plein milieu d’une boutique de porcelaine; plus rarement encore les efforts sont mal organisés ou les personnes pas si intéressées par le cas que cela)
– à la mairie si son administré maltraitant est son chouchou, ou s’il ne voit pas en quoi avoir trop d’animaux squelettiques est un problème (lui-même n’étant pas un tendre)
– à la gendarmerie qui soit est sous influence politique du riche maltraitant, soit s’en fiche, soit couvre le maltraitant car c’est un ami (ils peuvent aller jusqu’à décourager les témoins de déposer, si si, du vécu)
– à la DDPP, selon qui est à la tête de l’administration dans ce département. On peut avoir affaire à des gens qui vont jusqu’à se mouiller pour aider à faire tomber les maltraitants, comme à ceux qui vont sur les lieux, et au milieu des squelettes sur pieds, des décombres, des cadavres posés juste dans le champ derrière eux (ils ont rien vu donc) déclarent qu’il n’y a aucune maltraitance observable, et cela rend impossible toute action légale…

La première chose est de trouver les publications concernant une affaire en cours, et trouver toutes les photos et lire TOUS les commentaires y afférant. Cela permet sans déranger les intervenants, de cibler ce qui a été fait et de comprendre où ça coince, si tant est que ça coince.
Ensuite, il reste à envoyer les courriels, et autres protestations polies. Au plus un service reçoit de protestations, au plus le doute s’installe dans son crâne, au service harcelé poliment.

Du nombre, de la constance 😉

Courrier adressé à la DDPP mais aussi, parce-qu’ils se croisent à la pause café, à la DDCS, la DDSP
Et parce-qu’il est bon qu’ils sachent qu’on va chercher plus loin, la préfecture et la sous-préfecture.
Si nécessaire, courrier sera envoyé aux vétérinaires divers, aux DDPP des départements voisins, etc.
Jusqu’à ce qu’on tombe sur quelqu’un de leur niveau devant lequel ils hésiteront à passer sans regarder leurs chaussures…
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Madame, Monsieur,

Je me permets ce courrier dans différents services afin que la situation ne soit pas encore une fois étouffée comme ces dernières années, que ce soit intentionnellement ou par incompétence.

Il existe, à Queuille, un couple qui détient bovins et équins. Pour le malheur de ces animaux, les propriétaires sont maltraitants. Ah mince, non, il ne faut pas dire cela. Il y a quelques années (oui, vous entendez, cela fait des années!) des personnes ont réagi, ainsi que le maire et des associations de protection animale. Mais zut, pas de chance, quand la DDPP est allée sur place, et pas qu’une fois, elle, elle aurait stipulé qu’il n’y avait pas maltraitance, ni rien.

Voyons voir cela de plus près…

Quand on trouve ceci chez un éleveur, n’y a-t-il pas présomption de maltraitance (à vérifier donc, pour de vrai cette fois), et en tout cas, suspicion de risque sanitaire…? regardez bien:

C’est quand même pas de chance, ces animaux qui meurent là (cherchez les factures vétérinaires attestant des tentatives pour les soigner, ces deux-là…) et qui ne s’équarrissent pas tous seuls.

Bon. Mais ce n’est pas tout. Il me faut vous annoncer quelque chose. Quand il y a de grosses boules de foin dans un champ, avec des animaux faméliques qui s’en servent d’abri contre les intempéries en lieu et place de restaurant, ce n’est pas par snobisme, non non. Imaginez-vous avec un énorme morceau de viande verte, poisseuse presque inconsistante et abjectement malodorante. Et trois kilo de carottes gluantes presque coulantes par endroits… Sérieusement, vous le mangez en tartare, ce steak? Et les carottes, vous les faites en vinaigrette pour vos enfants? Je veux dire, vraiment? Bon, les chevaux et les vaches, c’est pareil, si le foin n’est pas comestible, la boule de foin va faire décoration et les animaux vont mourir de faim. Oups, suis-je bête, les instances compétentes, donc la DDCSPP63, a déclaré qu’il n’y avait pas maltraitance, et ce je crois à trois reprises quand même… c’est fort non?

Le dernier en date? Le voici, il a à peine la force de relever l’encolure, le propriétaire est venu l’enlever au tracteur fraichement, vif ou mort; en tout cas, on suppose. On ne sait s’il faut espérer sa mort ou sa survie. Mais si, regardez bien, c’est le tapis de sol qu’on voit trainer près de la boule de foin:

Notez au passage que la boule est intacte… Et qu’on voit de loin au moins un cheval en grande souffrance physiologique – le premier qui s’avance (si, parce-que pouvoir voir d’un cheval qu’il est squelettique à cette distance, c’est qu’il est en grand danger vital, pour le moins). Y a-t-il eu des frais vétérinaires engagés pour sauver l’animal couché ou abréger son agonie dans le froid? Y aura-t-il des traces d’équarrissage pour lui s’il meurt? Des recherches vétérinaires ont-elles été engagées pour réamorcer le cheval squelettique?

Quoi d’autre? Alors admettons que le foin soit bon, qu’ils se jettent dessus et passent donc 16h sur 24 à en manger (si, c’est dingue, ce sont ces ignares de scientifiques qui l’ont étudié, quand il y a normalement à manger, les chevaux, ça mange 16h sur 24h, et ça ne passe JAMAIS plus de 3h30 sans manger… pas même la nuit). 16h sur 24, sans pause de plus de 3h30, ça veut dire qu’on les y voit tout le temps, à manger, et un peu à dormir, et un peu à jouer, et un peu à aller boire, d’accord? Donc lors des visites de la DDCSPP, les chevaux doivent être en train de manger à un moment ou à un autre, même une fois passé l’effet surprise, et longuement en plus. S’ils sont repus ils peuvent se coucher à tour de rôle dans le foin, oui, mais pas pour y mourir, n’est-ce pas, pour se reposer. Par ailleurs, l’herbe d’hiver est peu qualitative, et en tout cas insuffisante si elle est trop courte, voire inutile si ce ne sont pas des graminées… le fait que le sol soit vert n’est donc PAS synonyme d’abondance alimentaire…

Vous trouverez les données éthologiques dans deux livres, celui de MF Bouissou et MA Leblanc, ‘Cheval, qui es-tu?’ et celui de H. Roche, ‘Comportements et postures’. Tous trois sont des scientifiques qui ont étudié et vulgarisé les études de tous les chercheurs du monde sur les chevaux, sur les quarante dernières années.

Donc, partons du postulat que le foin est bon, les chevaux mangent longuement, font des pauses pour d’autres activités, remangent longuement, etc. Et pourtant, il y en a des maigres, de tous âges. La preuve? En voici, en toutes saisons, des chevaux, des juments, des poulains de quelques semaines, de quelques petites années, chez ces éleveurs de Queuille qui ont été déclarés exempts par la DDCSPP63 de maltraitance (ceux sous la neige, c’est en ce moment même, ce n’est pas vieux d’il y a dix ans, je tiens à le signaler):

(Alors, quand il manque un bout de cheval autour de la jambe, je m’interroge! Est-ce qualifiable de maltraitance? Et le foin, il est vaguement très noir, il ne semble pas trop-trop vert, hein… et tous ces chevaux, si maigres, voire cachectiques… Ah, au fait, expérience personnelle, quand un agriculteur vous dit que sa boule de foin conservée dehors, elle est bonne, sachez-le: il ment! c’est devenu immangeable pour des herbivores standards, j’en ai assez brûlé pour le savoir).

Admettons. Admettons pour le foin, que, voilà, les personnes qui ont fait le contrôle, ok, elles sont tombées le seul jour où le foin était bon. Soit, ça peut arriver. Pas de bol, mais ok. Admettons qu’elles ne sachent pas très bien ce qu’est un animal. Voyons. Comment les aider à distinguer un cheval rond, d’un cheval fin, d’un cheval maigre, puis d’un cheval mort? Non, parce-que c’est un vrai sujet visiblement, qui nécessite sans doute une longue réflexion et un bel approfondissement des connaissances!

Déjà, quand vous prenez la température (s’il reste un anus accessible), si le thermomètre indique O°C, c’est que c’est en hiver et que l’animal est mort. Ou alors il est en chambre froide, mais là, vous êtes chez le boucher, ce n’est plus chez l’éleveur. Si l’animal ne se lève pas ou difficilement quand vous cognez dessus à coups de pied ou de bâton, ou que vous le prenez dans la benne du tracteur (ce qui est impossible avec un équidé ou bovin presque vif), c’est aussi qu’il est mort ou que ça ne va pas tarder.

Admettons qu’il se soit levé quand même. Dans ce cas, le stade juste avant la mort, c’est cachectique. C’est le stade où même avec des soins, parfois onéreux, parfois très longs, souvent émotionnellement épuisants pour les sauveteurs, on n’est pas trop sûr que le cheval (ou l’animal, ne soyons pas sectaire) s’en sorte, au bout du compte. Ca dépend beaucoup de ce que les organes ont déjà enduré là-dedans. Pour que tout le monde soit d’accord à la prochaine visite chez le (non?)maltraitant, voici quelques explications simples, pour qu’on ne refasse pas la même bourde une quatrième fois quand même. En fait, vous imaginez le squelette de l’animal en question (ou chez le monsieur, vous en trouverez des vrais, donc prenez-le). Puis vous lui posez dessus une peau de bête comme abat-jour. Ca donne l’aspect de la cachexie. Si vous ajoutez un coeur qui bat et des articulations qui font bouger tout ça, on y est! Regardez bien, chez les personnes dont il est question à Queuille, en voici un bel exemplaire (oh flûte, je crois que le poulain n’avait pas survécu, vous demanderez à ceux qui avaient alerté la DDCSPP63, hein):

C’est couillon la nature, voire assez mal fait en fait, vous ne trouvez pas, non? Quand maman n’a plus de muscle du tout, elle n’a plus de quoi faire assez de lait, et bébé a du mal à survivre… Rhô, ils l’ont bien cherché quand même! Bon passons, les enquêteurs n’ont pas fait exprès, de rien voir, n’est-ce pas? Simplement, ils ne savaient pas faire la différence entre un animal en bonne santé et un animal crevard, voilàààà… Et puis, quand ils sont maigres un jour mais toujours vivants, ils peuvent bien le rester un jour de plus, non? (je vous souffle la réponse: non, pas toujours non). Ah, et l’argument « elle est vieille », ça compte pas si la jument ou le cheval a moins de vingt-cinq trente ans. D’ailleurs si elle a un poulain à cet âge dans cet état, c’est de la maltraitance. Si la bête est squelettique à 15 ans, c’est comme trouver normal qu’une personne de 50 ans soit squelettique comme un paraplégique ou comme une personne de 100 ans (et encore, ma grand-mère, pour ses 103 ans, était bien moins maigre que cette jument).

Exercice pratique: sur la photo suivante, d’un cheval en ce moment-même chez l’éleveur de Queuille, replacez les numéros de 1 à 12 au bon endroit sans vous tromper. Attention, trois pièges vous sont tendus pour vous désorienter. Le premier, le poil d’hiver est sensé cacher la maigreur. Le deuxième, la neige aussi. Le troisième, sur une petite photo prise de loin on ne voit rien en général même si l’animal est en piteux état. Allez-vous réussir cet exercice malgré tout?

(Ah la vache, on voit bien les côtes et la colonne et le creux des cuisses et la base de la queue et le creux du sommet de l’épaule et l’ilium soit la pointe de la hanche, sous le gros poil et sous la neige et à cette distance alors que c’est sans soleil…)

Bon, nous en avons fini pour les squelettes sur pattes. Je pense que vous devez quand même tous avoir une idée de ce que sont des animaux maigres. Les causes peuvent être multiples. Ils manquent de nourriture ou de soins vétérinaires. Tout ça, c’est facile à contrôler, facture de fourrage et facture vétérinaire… Sachant qu’un cheval adulte ayant du foin à volonté mange environ 12 à 15kg de fourrage par jour si l’herbe n’est pas nourrissante, vous sortez votre calculatrice, etc. Que s’il y a des maigres quand même, il doit y avoir des vermifuges d’achetés et administrés, ou des coproscopies de faites, voire des endoscopies, puis des soins en dentisterie, etc. mais je ne vais pas apprendre leur métier aux inspecteurs honnêtes et efficaces, n’est-ce pas…. Par exemple, sur cette photo venant des animaux de l’éleveur de Queuille, nous pouvons en voir de beaux spécimens:

Si, si, voir toutes les côtes, voir la naissance de la queue, c’est tout sauf anodin, c’est déjà largement maigre. Les cuisses sont creuses, les longs dorsaux ont partiellement fondu. Pas fin, non. Maigre. Fin, on voit les côtes flottantes tout au plus, les dernières quoi, pas celles de devant. Un cheval normal, on voit quelques côtes seulement quand le cheval est en mouvement. Sans quoi les muscles qui recouvrent les côtes ont déjà trop fondu.

Madame, Monsieur, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses, en espérant que ce dossier prenne enfin une voie normale (pas maigre, pas cachectique, ni même fine, mais vraiment normale, avec des vrais morceaux d’actions de sauvetage dedans, quitte à envoyer des enquêteurs qui ont au minimum une calculatrice pour faire des règles de trois, et quelques neurones pour déduire – en proportion du nombre d’animaux normaux, maigres, squelettiques ou morts – le nombre de factures en provenance des pharmacies, véto, dentiste, fournisseurs de foin et le nombre de boules devant être consommées par semaine, équarrisseur; voire, soyons fous, qui sache distinguer un animal gras d’un animal mort, le bon foin du foin moisi, etc.).

Ghislaine Joubert, avec mes excuses pour les grincements de dents que je risque de provoquer, ou le temps que vous avez perdu, mais rassurez-vous, ce sera toujours moins douloureux que ce que les chevaux ont vécu (sic, ou sick, on ne sait) jusqu’ici durant toutes ces années avec cet accord tacitement et éhontément renouvelé, ce droit de regarder mourir des animaux captifs sans vraie nourriture et sans soins malgré les diverses alertes à la maltraitance…

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3 pensées à propos de “Que faire en cas de maltraitance animale?

  1. Je viens de tomber au hasard de la toile sur votre coup de gueule et je suis sidérée.
    Je ne sais même pas quoi dire… j’ai juste envie de vous remercier pour ce courrier et votre engagement.
    Je vous envoie Madame toute ma reconnaissance et mon soutien.

    Anne-Sophie SALMON

    1. C’est délicat ces soucis de maltraitance quand toute une administration ferme les yeux (parfois les maires, parfois les voisins, etc.)… Cela fait durer les situations interminablement et cela coûte beaucoup de vies, beaucoup trop…

  2. Cet article m’attriste et me met en colère. J’ai avec plusieurs personnes alerté la ddcspp, la spa, Brigitte Bardot et tout ce que je pouvais trouver pour sauver des chevaux. Les assos ont prit tellement de temps a bouger leur fesses que la proprio a réussie à se barrer ailleurs. Aujourd’hui j’ai appris que deux étalons sont morts ainsi que que tout les poulains en plus des morts precédentes. Elle accuse a tout va que ses chevaux ont été TOUS assassiné… ca va faire 2 ans et ils crèvent tous les uns après les autres sans que rien ne soit fait. Je me suis occupé du mieux que je pouvais de ses chevaux au début, avec les moyens minimum. Maintenant c est un bout de mon coeur qui meurt a chaque fois que j apprend une nouvelle mort qui aurait pu être évité si les assos avait agis plus tôt.

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